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Le Bélier

 

"Désir" est ici le mot-clé. Non pas le désir du Taureau , qui est volonté de posséder et de conserver, mais le désir de désirer. Peu importent le but ou les résultats de l'initiative, l'important est de se sentir porté, soulevé, enivré par l'expérience même de l'impulsion qui passe à travers soi : l'être se donne tout entier à la jouissance de la vie qui le traverse. L'action, la vitesse, le sport, ne sont que des moyens par lesquels il expulse le trop plein d'inergie qui bouillonne en lui. Rien n'épuise plus le Bélier que le repos.

Ce signe est celui des multiples recommencements : que le désir soit satisfait ou abandonné pour cause d'inaccessibilité immédiate, l'activité s'exprime en dents de scie. Tantôt enthousiasme et passion sont les mots-clés de son existence ; tantôt il recule, las de devoir toujours aller de l'avant et tout à coup incertain de ses propres motivations. Cette attitude de "moi d'abord", ponctuée de périodes de doutes, apparaît, vue de l'extérieur, comme de l'égoïsme, mais il s'agit d'un égoïsme inconscient, l'être étant tout entier plongé dans la subjectivité.

Les trois signes de Feu présentent ce caractère individualiste :

Le Bélier est mû par un "égoïsme sacré". Il pressent au fond de lui-même qu'avant de tenir compte des autres il doit construire sa personnalité - coûte que coûte. C'est un égoïsme par excès d'inergie.

Le Lion manifeste un égoïsme de type "moi-je". Persuadé de l'unicité de sa personnalité, il s'affirme. Il s'agit d'un excès de conscience de sa propre valeur.

L'égoïsme du Sagittaire est plus subtil. Il tend à enfermer les autres dans une vision du monde qu'il démontre de façon implacable. Il comprend ses compagnons, mais peut combattre leurs idées avec la plus grande intolérance.

Porté par les ailes du désir, le Bélier se construit une personnalité. Il cherche sa voie en exagérant son indépendance et ses revendications. Ses paroles sont franches et directes, quelques fois involontairement blessantes car il en mesure mal la portée. Peu enclin à la diplomatie, il a tendance à dire ce qu'il pense, peu importe si on le lui demande ou non. Il apporte avec lui la fraîcheur de la spontanéité, la puissance de l'authenticité. Mais aussi l'étincelle qui embrase les situations délicates. Au fond de lui-même le Bélier ne sait pas très bien qui il est, d'autant plus qu'il ne prend que rarement le temps de s'arrêter pour regarder vers l'intérieur. Cette situation est symbolisée par les deux hyperboles du glyphe : l'une se dirige vers la gauche, en direction des Poissons ; la seconde, orientée vers la droite, indique la recherche perpétuelle de nouveaux possibles. Dans le premier cas l'être ressent confusément une attirance vers le passé, un désir inconscient de se réfugier dans la sécurité d'une famille ou d'un groupe qui rayonne chaleur et protection. Au fond de lui-même le Bélier sait intuitivement que sa quête effrénée d'aventures est la meilleure façon de se protéger de son passé. L'inactivité signifierait pour lui un retour dans les brumes de la confusion émotionnelle. Au pire, il peut développer certaines qualités de médiumnité ou imiter inconsciemment les comportements de son compagnon ou de sa compagne dans une recherche désespérée d'identité. Tout cela signe une réceptivité non contrôlée à l'inconscient collectif symbolisé par les Poissons. Dans ce cas, dans l'intimité de son cur, l'être mû par des inergies Bélier sait que ses exigences d'indépendance - et d'égalité avec les hommes s'il s'agit d'une femme - sont incertaines et fragiles. Sa plus grande angoisse est d'être dévoré par un passé auquel il échappe en se jetant dans de nouvelles passions et dans de nouvelles revendications.

Le Bélier a constamment besoin d'être rassuré et soutenu de l'extérieur, tout en voulant croire de toutes ses forces à l'illusion de son indépendance. Il recherche un personnage idéal auquel il puisse s'identifier, qui puisse lui donner une raison de vivre. S'il se sent épaulé il est capable de toutes les audaces, dans le cas contraire il hésite entre la nostalgie et l'aventure, le romantisme et la passion, la sécurité prison et l'incertitude de la liberté.

Puis, devenu conscient de sa puissance, l'être commence à créer et à entreprendre, il se lance dans les affaires, s'investit dans une association, ou devient le chevalier d'une noble cause, selon le contexte thématique. Dans tous les cas il aspire à une réussite qui le mènera loin du contexte traditionnel de sa jeunesse. S'il adopte les modes de vie imposés par la collectivité, c'est que ceux-ci représentent une commodité pour arriver à ses fins. Mais il est très capable d'une subite volte-face et de brûler ce qu'il a jadis adoré. Rien ne l'empêche de défendre avec acharnement et conviction un idéal pendant une partie de sa vie, cependant si celui-ci ne répond plus à son attente il peut le laisser choir et s'engager tout aussi passionnément dans une autre aventure. A présent le désir n'est plus une sollicitation confuse du monde extérieur mais une aspiration à se réaliser en tant que personne. L'individu cherche à incorporer en lui les qualités de l'Homme Idéal qu'il admire chez d'autres. Ces êtres sont constamment dans le feu ; partout où ils vont ils apportent purification et inergie, stimulent leur environnement, lancent spontanément des idées, initiatrices de nouvelles aventures. L'aventure - physique, émotionnelle, ou mentale - devient son leitmotiv car, par ce moyen, il sent l'inergie vivifiante de l'Univers couler en lui.

La tradition associe à chaque signe du zodiaque une partie du corps : la tête pour le Bélier. Cela signifie que l'inergie du signe se focalise particulièrement dans et par ce lieu, ainsi que la fonction qu'il symbolise. A un niveau superficiel on lira qu'il est sujet aux accidents à la tête (coups, rupture d'aponévrose, éventuellement forceps à la naissance) en raison de la tension à laquelle celle-ci est soumise. A un second niveau, la tension n'est plus extérieure mais intérieure. La tête est le berceau des idées, là où naissent les pensées semences. Devenu conscient de l'inergie du signe sur le plan physique (vitalité, capacité de passer à l'action) et sur le plan émotionnel (diriger le désir vers un but), il lui reste à l'apprivoiser sur le plan mental. Ce sont les fameuses cavales mangeuses d'hommes du mythe d'Hercule. Les pensées non contrôlées dispersent l'inergie de l'être, éparpillent son sentiment d'intégrité. A cette phase de son développement il devrait apprendre à cultiver le silence et se rappeler sans cesse cette remarque de William Thackeray :

"Sème une pensée, tu récolteras une action ; sème une action, tu récolteras une habitude ; sème une habitude et tu récolteras un caractère ; sème un caractère et tu récolteras une destinée."

Le contrôle conscient du mental ouvre la porte du royaume spirituel, l'être entre alors en contact avec l'inergie pure du signe qui est Vie et Amour se manifestant au moyen de l'Idée. Chaque pensée-semence apporte avec elle la puissance d'impact nécessaire à sa croissance et l'amour nécessaire à son intégration dans le monde. Le processus-clé est ici celui de la Résurrection. Dans la nature le Feu du Bélier éveille et stimule l'Étincelle de Vie de chaque forme et la pousse à progresser. Du point de vue spirituel il s'agit peut-être du signe de plus grande liberté - et de plus grande incertitude ! C'est le moment où l'appel de l'âme au renouveau de la personnalité est le plus pressant. La pression exercée sur cette dernière est si intense qu'elle se sent littéralement contrainte par la toute puissance du désir divin. Du point de vue de l'âme, l'équinoxe de printemps est la période du cycle annuel qui lui offre la plus grande liberté, le moment où elle peut potentiellement insuffler une nouvelle étincelle de vie au sein de l'être en incarnation.

 

© Luc Bigé